Championnats du Gard Jeunes : la fourmilière joyeuse du Caissargues Chess Club

Ce week-end, le centre du Mas Boulbon à Nîmes résonnait d’un brouhaha particulier : celui des championnats du Gard jeunes, cette fourmilière sympathique où se mélangent concentration, impatience, éclats de rire et petits drames silencieux en 64 cases.

Au milieu de ce tourbillon, neuf jeunes du Caissargues Chess Club, de 7 à 19 ans, ont porté haut les couleurs du club. Et ils n’ont pas fait les choses à moitié : 7 sur 9 se qualifient pour les régionales, dont 3 titres de champions du Gard, 1 titre de vice-champion et une place de troisième.

Les résultats façon Caissargues :

des visages, des prénoms, des frissons

Solal (U8), minuscule mais immense, qui fait danser ses pièces avec une gravité d’adulte. Champion du Gard, déjà.

Gabriel (U10), le regard doux, qui affronte la tension comme on apprivoise un orage. Vice-champion du Gard

Samuel (U10) – Sérieux et facétieux, qui trace son chemin vers les régionales. Qualifié

Antonin (U12), solide, réfléchi, 3e du département, Qualifié avec panache.

Matteo (U12), battant dans l’âme, qui n’abandonne jamais une position sans l’avoir retournée cent fois dans sa tête. Qualifié

Léna (U16), Championne du Gard, élégante dans chaque coup, déterminée dans chaque finale.

Anthony (U20), Champion du Gard, port altier, jeu profond, maturité tranquille.

Noah (U10), trois mois de club, un premier tournoi, et déjà cette petite lumière qui dit tout le reste.

Pierre (U16), aux portes de la qualification, mais riche d’un tournoi qui promet beaucoup pour demain.

Les parents :

Logistique, soutien… et marathon émotionnel.

Dans les couloirs, les parents formaient une autre chorégraphie : pas feutrés, cafés tièdes, encouragements murmurés, gestion des goûters, des pendules et des émotions, ils accompagnaient chaque ronde comme un petit voyage.

Certains jouaient les coachs, d’autres les confidents, d’autres encore les gardiens du temps.

Et tous partageaient le même regard – fier, inquiet, émerveillé.

Emmanuelle et Jonathan

Interview

Comment vivez vous les compétitions avec votre enfant?

La première fois, ça a été assez rébarbatif car je ne savais pas à quoi m’attendre et je ne savais pas qu’on ne pouvait pas toujours assister aux parties. Quoi qu’il en soit, ne sachant pas jouer, je ne voyais pas un grand intérêt à observer les joueurs. Mais depuis, j’ai appris à connaître les régles et enjeux des différents tournois, et en apprécier le suspens. Je me suis investi modestement dans le club, notamment pour aider à la buvette, et cela fait passer le temps en plus d’être utile. Par ailleurs, on retrouve les mêmes joueurs et accompagnants au fil des tournois, et cela rend ces moments plus conviviaux. Enfin, j’ai la chance d’avoir des enfants « bons perdants » et qui prennent les victoires commes les échecs avec le recul nécessaire, ce qui permet de passer des journées plus sereines.

Qu’avez-vous vu évoluer chez eux grâce aux échecs?

Je ne dirais pas que les échecs ont modifié leur comportement ou leurs capacités, car mes enfants ont toujours eu une grande capacité de concentration et savent rester concentrés quand on joue à des jeux de société, par exemple. Néanmoins, je suis toujours surpris et admiratif de leur résilience face aux défaites, qui sont malheureusement au moins aussi nombreuses que les victoires. Ils n’ont jamais été franchement mauvais perdants, mais les échecs testent directement une partie de nos capacités intellectuelles et la défaite est parfois cuisante. Par ailleurs, cela leur donne confiance en leurs compétences, notamment face à des adversaires souvent plus âgés, et je pense que ce genre d’expérience ne peut être que bénéfique pour le futur.

Qu’est-ce qui vous surprend le plus dans ce jeu?

Je crois que c’est l’infinité de combinaisons possibles, et la variété des parties sans cesse renouvelée. Les joueurs ont l’air d’y trouver toujours autant de plaisir et d’intérêt, partie après partie, alors que ce jeu est millénaire.

Côté arbitrage :

Marie, la maîtresse d’école devenue cheffe d’orchestre

Les U8 et U10 étaient confiés à Marie, arbitre… et professeur des écoles dans la vraie vie. Autant dire qu’avec elle, la salle était parfaitement cadrée : douceur, calme, bienveillance, pédagogie, et cette petite touche d’humour qui rassure les plus petits.

Marie

Interview

Aujourd’hui, au championnat du Gard, comment était l’ambiance chez les U8 et U10 ? Plutôt excitation, stress… ou un mélange des deux ?

L’ambiance était plutôt très détendue ! De façon générale, les enfants viennent pour jouer et ils sont heureux d’être là. Pour ce championnat du Gard, comme pour tous les tournois, il est nécessaire parfois de leur demander de se taire et d’arrêter les blagues. Quant au stress, il est surtout visible dans les dernières rondes, auprès des compétiteurs des premières tables pour lesquels le résultat est important en vue du titre ou de la qualification aux régionales. En revanche, il est très perceptible chez les parents qui accompagnent pour la première fois leur enfant à un tournoi. Leur inquiétude est que leur enfant ne trouve pas sa table ou d’avoir du mal à assumer une défaite.

Quand on arbitre des enfants de cet âge, quelles sont les inquiétudes qui reviennent le plus souvent ? Peur d’oublier la pendule, de faire une gaffe, de lever la main pour rien… ?

La peur d’oublier d’appuyer sur la pendule existe, même si la plupart du temps les parties se terminent bien avant. Mais ce n’est pas la crainte la plus grande. Ce qui les inquiète le plus c’est la peur des coups illégaux qui peuvent conduire à la perte de la partie. Cette année, on avait mis en place un système de cartons jaunes : après 2 cartons jaunes pour coup illégal, le troisième était synonyme de défaite. Mais encore une fois, cette année, l’atmosphère était plutôt à la détente et tout s’est bien passé. Sinon la peur la plus importante pour eux, c’est de se rendre à sa table et de constater que quelqu’un d’autre occupe déjà la place alors qu’ils sont persuadés de jouer là. Là tu sens le petit moment de panique alors que le plus souvent c’est celui déjà assis qui s’est trompé. Je crois qu’à ce moment là notre présence est rassurante.

Être professeur des écoles, c’est un avantage pour gérer les émotions, les larmes, les  » il m’a touché la pièce  » et les petites tempêtes ?

Être professeur des écoles, oui, ça m’aide énormément ! Ca m’aide à poser le cadre et à faire en sorte que çà se passe bien. Ca m’aide au niveau des bavardages, des mouvements des enfants qui partent de façon trop intempestive et qui ne donnent pas les résultats. Ca m’aide énormément pour prendre la parole quand un enfant accuse son adversaire d’avoir fait un coup illégal et que l’autre nie. Tu peux être vite coincée si tu sais pas prendre la parole de chacun. Si t’as pas l’expérience pour repérer assez vite celui qui ne dit pas forcément la vérité. Tu le repères en tant qu’adulte et l’expérience, souvent, arrive à la lui faire dire en dédramatisant ou alors tu arrives à dire à l’autre « écoute on va lui passer sur ce coup là mais on va le surveiller de plus près ». Tu rassures tout le monde. Mais oui oui être prof çà aide énormément. A un moment donné j’ai fait la maîtresse sévère car les petits poussins parlaient énormément. « Ca fait trois fois que je vous le dis, si maintenant vous n’écoutez pas, je vous enlève 1 minute à la pendule ». Et il y a eu une petite à qui j’ai enlevé 1 minute à la pendule parce qu’elle criait « arbitre, arbitre ». Je lui ai dit là tu me provoques et je t’enlève 1 minute à la pendule. Elle a pleuré 3 secondes et après, tout est rentré dans l’ordre. Il y a des enfants qui testent les adultes et nous en tant que maîtresse on les repère vite ceux-là.

Une anecdote légère de ce week-end à partager – un sourire, une réplique d’enfant, un moment tendre qui résume bien pourquoi vous aimez arbitrer ces catégories ?

Oui. Je pense à ce petit garçon, de 5 ans, tout petit, qui participait à son premier tournoi, avec son papa anxieux. Je l’installe et… il gagne sa première partie. Le papa est revenu pour vérifier le résultat car il pensait que c’était pas possible. Il est vrai que quand il a vu la taille des autres, il a dû se dire que son fils allait obligatoirement perdre. Il était super content. Mais il est quand même revenu me parler pour que je lui confirme la victoire de son fils, car il pensait que son fils lui avait dit une bêtise ou qu’il avait mal compris. Il y a des parents, quand ce sont les premiers tournois de leur enfant, qui sont un peu…, qui ne s’attendent pas à avoir des résultats positifs quand ils sont minuscules comme çà dans une salle de grands. C’est toujours mignon ! J’adore aussi les moments où ils finissent la partie et qu’ils se complimentent mutuellement. Ils se serrent la main, se disent « tu as bien joué », souvent celui qui a gagné à celui qui a perdu. C’est chouette ! Et puis à cet âge, on leur apprend encore beaucoup de choses, la pédagogie n’est jamais très loin…

Analyses haut de gamme :

La présence de la présidente, GMI Silvia Alexieva

Entre deux rondes, les enfants se pressaient autour de Silvia, venue analyser leurs parties.

Un luxe rare

Un moment précieux

Entre les rondes :

l’énergie inépuisable des enfants

Quand ils ne jouaient pas aux échecs… ils jouaient encore.

Aux échecs sur une table, aux échecs sur un écran, aux échecs dans le couloir,

ou à inventer des aventures improbables entre deux pendules.

La fourmilière, toujours.

Remise des prix :

des sourires, des médailles, et un club fier

La journée s’est terminée par une remise des prix joyeuse et très photographiée.

des médailles autour du cou, des mains serrées, des promesses pour la suite, et déjà des rêves tournés vers les championnats régionaux.

Un week-end qui raconte l’essence du Caissargues Chess Club :

une communauté vivante, bienveillante et passionnée

d’humanité simple

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