Championnat de Ligue 1 d’Occitanie – 1re ronde – Caissargues Chess Club
Il est des parties qui racontent bien plus qu’un simple duel sur l’échiquier. Celle qui a opposé Charles Dubernard (44 ans) à Samuel Broner (9 ans) lors de la 1ʳᵉ ronde du Championnat de Ligue 1 d’Occitanie, en est une illustration éclatante.
Deux joueurs du même club, deux générations, deux approches du jeu… mais une même passion et un même maillot : celui du Caissargues Chess Club.
Sur l’échiquier, c’est une Sicilienne Dragon qui s’est invitée – ouverture mythique, réputée pour son intensité tactique et ses batailles d’idées. Mais derrière les coups, il y a eu des pensées, des émotions, des hésitations et des sourires.
Nous avons proposé à nos deux joueurs de partager leur regard sur cette partie, chacun avec ses mots, ses certitudes et ses doutes. Le résultat ? Deux visions, deux sensibilités, une même partie – et toute la richesse de l’esprit club.
Charles Dubernard – “Entre stratégie et souvenirs”
En revenant sur cette partie, Charles ne s’attendait pas à ce que l’exercice le ramène si loin… À Lyon, en 1990, il avait 9 ans, exactement l’âge de Samuel aujourd’hui. Ce jour-là, il assistait, émerveillé, à une des rencontres du match de championnat du monde entre Garry Kasparov et Anatoly Karpov. Un souvenir fondateur, un choc esthétique, la découverte du jeu sous sa forme la plus pure.
Des décennies plus tard, face à Samuel, c’est comme si la boucle s’était bouclée : l’enfant d’hier jouait à son tour contre l’enfant d’aujourd’hui. La partie a réveillé cette même fascination, ce même respect du jeu et de son pouvoir de transmission.
« La partie s’ouvre sur une Sicilienne Dragon, l’une de ces défenses où la moindre imprécision se paie comptant. En face de moi, Samuel, neuf ans à peine, affiche un large sourire et une décontraction désarmante. Rien dans son attitude ne trahit la différence d’âge, 35 années : concentré, rapide, sûr de lui, il joue avec cette fraîcheur propre aux jeunes prodiges.
Je sais déjà que les occasions de le battre en tournoi se feront rares. Sa progression ressemble à une asymptote verticale, à l’image de celle de Théo, autre jeune espoir du club.
La partie s’équilibre. Samuel développe ses pièces avec méthode. Mon fou de cases noires, posté au cœur du dispositif, devient rapidement dominant. Samuel le comprend et choisit d’échanger nos deux fous. Par bonheur, j’avais eu le temps de placer ma tour en e8, ce qui me permet de repositionner mon fou g7 en h8 quand son fou se positionne en h6 pour l’échange.
Puis mon attaque s’organise sur la colonne a. Mon pion avance jusqu’en a3 pour fragiliser la diagonale h8-a1 sur laquelle mon fou est installé. Les échanges s’enchaînent : a prend b2, Samuel reprend de la dame. J’en profite pour lancer une attaque à la découverte : C prend e4, mon fou en h8 frappe le cavalier en c3, cloué car la dame est en b2 après avoir repris le pion. À partir de là, la position tourne à mon avantage.
Samuel, fidèle à l’esprit des jeunes compétiteurs, joue jusqu’au mat. Je rate même un mat en un en fin de partie ! Mais lui reste impassible. Quand il me tend la main, c’est avec calme et élégance. À neuf ans, il maîtrise déjà l’art — si rare — de savoir perdre. On prend le temps avec Yvan le capitaine de mon équipe d’analyser la partie, on écoute ses conseils, Samuel participe à l’analyse.
Cette partie m’a rappelé combien j’aime ce jeu. Après trente ans loin des échiquiers, quel bonheur de retrouver cette atmosphère si particulière du monde associatif des échecs : la camaraderie, les rires, gagner, perdre, les analyses passionnées sous le regard bienveillant de Silvia Alexieva et Didier Collas.
Au même âge que Samuel, j’avais eu la chance aussi d’avoir un formidable encadrement. Mehrshad Sharif Maître international d’Echecs Iranien. Le club de Lyon, rue de l’angile à l’époque, Michel Noir maire passionné d’échecs Qui avait nettement contribué à l’organisation du championnat du monde d’échecs à la cité internationale de lyon fraîchement construite. Le Championnat du monde des échecs 1990 a eu lieu du 8 octobre au 31 decembre entre Garry Kasparov tenant du titre, et Anatoli Karpov son challenger. C’était la cinquième et dernière rencontre entre les deux joueurs pour le titre de champion du monde. Kasparov avait réussi à conserver son titre. J’avais 9 ans alors, l’âge de Samuel, et je m’étais rendu avec mon père dans l’amphithéâtre où avait lieu la rencontre des deux champions.
Je m’en souviens comme si c’était hier. Quelle émotion ! Ma mère souvent m’accompagnait à droite et à gauche. C’est son père, mon grand père Marc qui m’avait initié. Avec mon père, grand père Marc étaient mes premiers concurrents sérieux ! Les week-ends, le mercredi, le mardi soir, le club rue de l’angile, les parties par équipe, le tournoi de Val Thorens l’été. Yohan Benita Maitre international aujourd’hui, Cyril Marzolo Maitre international aussi, les frères Benoit et Nicolas Guerin, Guillaume Tonin, Nicolas Mehr, Thibault Tetafort, Fabien Libiszewski Grand Maître aujourd’hui.
Je m’égare … Revenons à Caissargues Chess Club et à la passion communicative de Silvia et Didier. Leur passion rayonne encore, surtout depuis le titre de champion de France de Didier. Et comme un prolongement naturel, je me retrouve aujourd’hui avec ma famille dans les Pouilles, pour assister à un championnat du monde auquel participe Silvia. Vice championne du monde en titre. On rêve tous du sacre pour Silvia. il est à portée de main mais il ne faut pas trop de le dire avant la compétition. Je ne suis pas superstitieux mais ça pourrait porter malheur ! Montrer à mes deux filles Louise 9 ans et Alice 6 ans que les femmes peuvent briller au plus haut niveau est l’un des grands objectifs de ce voyage — avec celui de découvrir cette magnifique région d’Italie.
Un jour, peut-être, nous irons voir Samuel (ou nos filles !!!) jouer dans les tournois internationaux. Et je me souviendrai alors, avec émotion, de la chance d’avoir croisé sa route sur l’échiquier ».
35 ans se sont écoulés depuis le match Kasparov-Karpov à Lyon.
Samuel Broner – “J’ai vu le dragon rugir”
« J’ai joué cette partie contre Charles qui a environ 1800 Elo, donc théoriquement meilleur que moi. J’appréhendais un peu cette partie, mais j’y suis finalement allé relativement serein. Je crois que je n’avais jamais joué contre Charles car nous n’allons pas les mêmes jours au club d’échecs. Je jouais avec les blancs. Ca m’aurait arrangé de faire une ouverture écossaise car c’est celle que je maîtrise le mieux mais finalement Charles a opté pour une ouverture sicilienne en jouant C5, que je connais quand même, mais ça m’a un peu dérouté. A la fin de l’ouverture, je pense que j’avais bien tenu ma défense, même si j’ai bien vu que Charles voulait jouer un peu agressif. Après, j’avais l’habitude de ce type d’ouverture avec Antonin avec qui je me suis souvent entraîné. Au bout d’un moment, son cavalier est arrivé dans mon camp, a réussi à faire plusieurs fourchettes, et finalement prendre mon fou. Je me suis rendu compte qu’il avait pris l’avantage et qu’il avait plus anticipé ses coups que moi. J’ai compris la menace un peu trop tard. Je suis entré en finale avec un fou de moins et donc perdant. Par contre au niveau du temps, je n’ai pas eu de difficultés car j’ai l’habitude de parties plus rapides. Il nous restait environ 1h de temps à la fin de la partie. Je ne pense pas que je puisse battre Charles avec mon niveau actuel, mais je pense pouvoir progresser. Il faut notamment que j’améliore ma tactique car je n’anticipe en général mes coups que 2 à 3 coups, parfois 4 ou 5, à l’avance, mais cela suffit le plus souvent dans les championnats jeunes auxquels je joue. Je pare les plus grosses menaces mais je ne calcule pas vraiment toutes les possibilités beaucoup à l’avance. Je trouve que les entrainements au club permettent de tester plusieurs tactiques contre des adversaires différents, et de voir celles qui fonctionnent. Mon objectif est de m’améliorer pour réussir à me qualifier au championnat de France jeunes, et de faire un meilleur score que l’année dernière. »
Une belle leçon d’esprit club
Au-delà du résultat, cette rencontre symbolise ce que les échecs transmettent de meilleur :
le respect mutuel entre générations,
le plaisir de progresser ensemble,
la mémoire vivante d’un jeu qui se transmet d’enfant en enfant,
et cette bienveillance compétitive qui fait la marque du Caissargues Chess Club.
Car sur l’échiquier comme dans la vie du club, il n’y a pas d’âge pour apprendre, réfléchir, se souvenir… et rêver mat en trois coups.
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